Section 2 Valeurs d'adhérence de la suite \((\sin(n))_{n\in \mathbb N} \)
Question: Quelles sont les valeurs d'adhérence de la suite \((\sin(n))_n\) ?
Si on y réfléchit une minute, puis deux, puis deux heures, ça ne semble pas évident de trouver, ne serait-ce qu'une sous-suite convergente de \(\sin (n)\text{.}\)
On peut essayer de trouver une idée en la traçant :

...ça n'aide pas beaucoup.
On entrevoit une possibilité de sous-suite qui tend vers 1, et une autre qui semble ne pas trop s'éloigner de -1, mais les autres termes semblent assez erratiques.
Le but de ce complément est de démontrer que
Prenez une seconde pour y réfléchir: ça fait beaucoup de valeurs d'adhérence. Ca signifie que pour tout réel \(x\in [-1,1]\text{,}\) il y a une sous-suite de \((\sin(n))_n\) qui converge vers \(x\text{.}\) On a l'impression qu'il n'y a pas "assez" de \(\sin(n)\) pour approcher n'importe quel réel entre -1 et 1...et pourtant, c'est bien ce qu'on va conclure !
La clé va résider dans la \(2\pi\)-périodicité de la fonction \(\sin\text{:}\) pour tout \(n\in\mathbb N\text{,}\) on a
On va regarder de plus près l'ensemble
et ce qu'on va conclure, c'est que l'ensemble \(G\) est "saupoudré" un peu partout dans \(\R^+\text{,}\) un peu comme l'ensemble des fractions. Plus précisément, on va montrer que, pour tout \(x\geq 0\text{,}\) pour tout \(\varepsilon\gt 0\text{,}\) il existe \(g\in G\) tel que \(x-\varepsilon \lt g \lt x+ \varepsilon\text{.}\)
Autrement dit:
Exercice 2.1. Tout réel positif peut être approché par des éléments de \(G\text{.}\).
On va montrer que, pour tout \(x\geq 0\text{,}\) pour tout \(\varepsilon\gt 0\text{,}\) il existe \(g\in G\) tel que \(x-\varepsilon \lt g \lt x+ \varepsilon\text{.}\)
Pour cela, on commence par considérer
On note \(a=\inf H^+\) 1 , et on va montrer que \(a=0\text{.}\)
Pour cela, on procède par l'absurde: supposons donc \(a\gt 0\text{.}\) Deux cas se présentent:
soit \(a\in H\)
soit \(a\notin H\)
(a)
Premier cas: Supposons d'abord que \(a\in H\text{.}\) Montrer qu'alors
Remarquons que, puisque \(a\in H\text{,}\) alors \(a=a_1+2\pi a_2\) pour deux entiers relatifs \(a_1,a_2\text{.}\)
Mais alors, pour tout \(k\in\mathbb Z\text{,}\) \(ak=a_1k+2\pi a_2 k \in H\text{.}\)
(b)
Réciproquement, montrer que si \(h\in H \) alors il existe \(k\in\mathbb Z\) tel que \(h=ka\text{,}\) autrement dit
Montrer qu'il existe \(k\in \mathbb{Z}\) tel que
puis en déduire que \(h=ka\text{,}\) et enfin que \(H = \{ak, k\in \mathbb Z\}\text{.}\)
Soit \(h\in H\text{.}\) On va chercher \(k\in\mathbb Z\) tel que
autrement dit,
ce qui donne, puisqu'on a supposé \(a\gt 0\text{,}\)
\(\leadsto\) On prend \(k=E\left(\frac h a \right)\in \mathbb Z\) la partie entière 2 de \(\frac h a\text{.}\) Alors on a bien \(k\in\mathbb{Z}\) et
Or, comme on l'a vu juste au-dessus, \(ka\in H\text{.}\) De plus, \(H\) est stable par soustraction: si \(x,y\in H\) alors \(x-y\in H\text{.}\) Donc \(h-ka\n H\text{.}\)
Mais, puisque \(a=\inf H^+\text{,}\) c'est un minorant de \(H^+\text{:}\) on ne peut donc pas avoir \(h - ka \in H^+= H \cap \R^*_+\text{.}\)
Mais du coup , puisque \(h-ka\in H\text{,}\) on doit avoir \(h-ka \notin \R_+^*\text{.}\) Comme \(ka\leq h\text{,}\) on en déduit que \(h-ka=0\text{,}\) donc \(h=ka\text{.}\)
On a donc montré que pour tout \(h\in H\text{,}\) il existe un entier \(k\in \mathbb Z\) tel que \(h=ka\text{,}\) autrement dit on a montré que \(H \subset a\mathbb Z\text{.}\) Avec la question précédente, on a donc obtenu \(H = a\mathbb Z\text{.}\)
(c)
Montrer que c'est une contradiction.
Remarquer que, dans ce cas, \(1\in a\mathbb Z\) et \(2\pi \in a\mathbb Z\text{.}\) En déduire que \(\pi\) est rationnel (ce qui devrait vous alarmer 3 ).
Remarquons que \(1 = 1 + 0\cdot 2\pi \in H\) et que \(2\pi = 0 + 1\cdot 2\pi \in H\text{.}\)
Puisqu'on a obtenu que \(H=\{ak, k\in\mathbb Z\}\text{,}\) il existe donc deux entiers \(n_1,n_2\in \mathbb N^*\) tels que \(1 = an_1\) et \(2\pi = an_2\text{.}\) Mais alors
donc \(2\pi \in \mathbb Q\text{,}\) ce qui est faux. On a donc une contradiction: notre hypothèse, \(a\gt 0\) et \(a \in H \text{,}\) est donc fausse.
(d)
Supposons maintenant que \(a \gt 0\) et \(a\notin H\text{.}\) On va chercher une autre contradiction.
Montrer que, dans ce cas, il existe une suite \((h_n)_n\) telle que
\((h_n)_n\) est décroissante;
pour tout \(n\in \mathbb N\text{,}\) \(h_n\in H^+\text{;}\)
\(h_n \xrightarrow[n\rightarrow \infty]{}a\text{.}\)
Construire pas à pas la suite \((h_n)_n\) en s'assurant, à chaque étape, que
On construit par récurrence une suite décroissante \((h_n)_n\) telle que, pour tout \(n\in \mathbb N\text{,}\)
\(\boxed{n=1}\) Puisque \(a= \inf H^+\text{,}\) \(a+1\) n'est pas un minorant de \(H^+\) donc il existe \(h_1\in H^+\) tel que \(a\lt h_1 \leq a+1\) 4 .
\(\boxed{n \leadsto n+1}\) Supposons qu'on a construit les \(n\) premiers termes de la suite: on a donc \(h_1 \geq h_2 \geq ... \geq h_n\) tels que
et construisons le \(n+1\)-ième.
Puisque \(h_n\gt a\) et \(a+\frac1{n+1} \gt a\text{,}\) \(\min\{h_n, a+\frac1{n+1}\}\) n'est pas un minorant de \(H^+\) Par conséquent, il existe \(h_{n+1}\in H^+\) tel que
}Alors \(h_{n+1}\lt \min\{h_n, a+\frac1{n+1}\} \leq h_n\) et vérifie
comme souhaité.
On a ainsi construit par récurrence une suite \((h_n)_n\) qui est décroissante, à valeurs dans \(H^+\text{,}\) et qui converge vers \(a\text{.}\)
(e)
En déduire qu'il existe une suite de \(H^+\) qui tend vers 0.
On a vu que \(H\) est stable par soustraction: si \(x,y\) sont deux éléments de \(H\text{,}\) alors \(x-y\in H\text{.}\)Donc, puisque \((h_n)_n\) est uen suite de points de \(H\text{,}\) pour tout \(n \in \mathbb N^*\text{,}\) on a \(h_n-h_{n+1} \in H\text{.}\)
De plus, \((h_n)_n\) est (strictement) décroissante, donc on a aussi \(h_n-h_{n+1}\gt 0\text{,}\) donc c'est une suite de \(H^+\text{.}\)
Enfin, \((h_n)_n\) est convergente et tend vers \(a\text{,}\) donc \(h_n-h_{n+1} \rightarrow a-a 0\text{.}\)
\(\leadsto\) La suite \(u_n=h_n-h_{n+1}\) est une suite de \(H^+\) qui converge vers 0.
(f)
Montrer que l'existence de cette deuxième suite est une contradiction, et conclure.
On a obtenu une suite \((u_n)_n\) de \(H^+\text{,}\) donc positive, et qui tend vers \(0\text{.}\)
Mais alors, puisque \(a\gt 0\text{,}\) il existe \(n_0 \in \mathbb N\) tel que, pour tout \(n\geq n_0\text{,}\)
ce qui contredit le fait que \(a\) est un minorant de \(H^+\text{.}\)
\(\leadsto\) L'hypothèse qu'on a faite : "\(a\gt 0\) et \(a \notin H \)", est donc fausse.
(g)
Donc, par l'absurde, on conclut que \(a=inf(H^+)=0\text{.}\)
En déduire que, pour tout \(\varepsilon\gt 0\text{,}\) il y a une infinité de couples \((p,m)\in \mathbb Z \times \mathbb Z\) tels que
Utiliser la définition de l'inf: puisque \(\varepsilon\) est strictement positif, ce n'est pas un minorant de \(H^+\text{,}\) donc il y a un élément \(x \in H^+\) qui est plus petit. Mais alors \(x\) est strictement positif, et lui non plus n'est pas un minorant...
On a en fait déjà fait quelque chose de similaire plus haut, quand on a construit la suite \((h_n)_n\text{.}\)
Soit \(\varepsilon \gt 0\text{.}\) Puisque \(\inf H^+ = 0\text{,}\) \(\varepsilon\) n'est pas un minorant de \(H^+\) donc il existe \(x_1 \in H^+\) tel que \(0 \lt x_1 \lt \varepsilon\text{.}\)
Mais alors, puisque \(x_1\in H^+\text{,}\) \(x_1\gt 0\text{,}\) donc \(x_1\) n'est pas un minorant de \(H^+\text{.}\)
Donc il existe \(x_2\in H^+\) tel que \(0\lt x_2 \lt x_1\lt \varepsilon\text{.}\)
Et devinez quoi, du coup, \(x_2\) non plus n'estp as un minorant...
On construit ainsi pas à pas une suite strictement décroissante \((x_n)_n\) d'éléments de \(H^+\text{.}\)
Puisque ce sont des éléments de \(H^+\text{,}\) ils sont de la forme
et, pour tout \(n\in\N\text{,}\)\(x_n\in \,]\,0,\varepsilon\,[\,\text{.}\) La suite \((x_n)_n\) est strictement décroissante, donc tous les \((x_n)_n\) sont différents.
Il y a donc bien une infinité de couples \(\{(p_n,m_n),n\in \mathbb N\}\) tels que
(h)
Revenons à l'ensemble qui nous intéresse vraiment:
Montrer que pour tout \(\varepsilon\gt 0\) il existe \(g\in G\) tels que \(0 \lt g \lt \varepsilon\text{.}\)
On a vu qu'il y a une infinité de \(p+2\pi m\) qui vérifient cette propriété, avec \((p,m)\in \mathbb Z \times \mathbb Z\text{.}\) Il nous suffit d'en trouver un tel que \(p\geq 0\text{.}\)
On considère l'ensemble
\(\leadsto\) On sait maintenant que c'est un ensemble infini.
S'il contient un élément tel que \(p\geq 0\text{,}\) on a gagné.
Supposons par l'absurde qu'ils vérifient tous \(p \lt 0\text{,}\) et... construisons-en un qui vérifie \(p\geq 0\) quand même. Soit \(x= p+2\pi m\) tel que \(0\lt x\lt \varepsilon\) et \(p \lt 0\text{.}\) Alors l'ensemble \(\{y=r+2\pi s\in H, 0\lt y \lt x\}\) est infini, et tous les éléments \(y=r+2\pi s\) vérifient \(r \lt 0\text{.}\)
Un point important: il y a un nombre infini de couples \((r,s)\) tels que \(0\lt y=r+2\pi s \lt x\text{,}\) ce qui implique qu'il y a un nombre infini d'entiers \(r \in \mathbb Z\) tels que \(0\lt y=r+2\pi s \lt x\text{,}\) puisque, pour un entier \(r\) donné, il n'y a qu'un nombre fini de \(s\in \mathbb Z\) possibles pour que \(0\lt y=r+2\pi s \lt x\) 5 .
Parmi l'infinité de tels \(r\text{,}\) que l'on a supposés tous négatifs, il y en a donc forcément un tel que \(r \lt p\text{.}\) Soit \(y=r+2\pi s \in H \cap ]0,x[\text{,}\) alors \(x-y = (p-r)+2\pi(s-m) \in G\) et \(0\lt x-y\lt x \lt \varepsilon,\text{,}\) donc on a bien
(i)
En déduire que, pour tout \(x\geq 0\text{,}\) pour tout \(\varepsilon \gt 0\text{,}\) il existe \(g \in G\) tel que \(x-\varepsilon \lt g \lt x+\varepsilon\text{.}\)
On a vu qu'il existait un \(\tilde g \in G \cap \,]\,0, \varepsilon\,[\,\text{.}\) Donc, si on part de 0 et qu'on avance par "pas" de \(\tilde g\text{,}\) on finira bien par tomber dans \(\,]\,x-\varepsilon, x+\varepsilon\,[\,\) (car on ne fait pas des pas assez larges pour sauter par-dessus !)
Soit \(\tilde g \in G \cap \,]\,0, \varepsilon\,[\,\text{.}\) Remarquons que, pour tout \(n\in \mathbb N\text{,}\) \(n\tilde g \in G\text{.}\) Posons \(N=E\left(\frac x{\tilde g}\right)+1\text{.}\) Alors
donc on a bien \(g=N\tilde g \in G\cap \,]x-\varepsilon, x+\varepsilon[\,\text{.}\)
On a donc trouvé un ensemble \(G\) qui permet d'approcher n'importe quel \(x\gt 0\) aussi près qu'on veut. C'est formidable, mais ce n'était pas ça qu'on cherchait : on s'intéressait aux valeurs d'adhérences de \(\sin(n)\text{.}\)
Exercice 2.2. Adh\(((\sin(n))_n)=[-1,1]\).
Soit \(y\in[-1,1]\text{,}\) il s'agit de construire une sous-suite de \(((\sin(n))_n)\) qui tend vers \(y\text{.}\)
Pour ça, on va commencer par montrer que pour tout \(\varepsilon \gt 0\text{,}\) l'intervalle \(\,]\,y-\varepsilon, y+\varepsilon\,[\,\) contient une infinité de termes de la suite.
(a)
Soit \(\varepsilon \gt 0\text{,}\) et soit \(\theta\in \mathbb R^+\) tel que \(\sin(\theta)=y\) 6 . Justifier que l'intervalle \(\,]\theta-\varepsilon, \theta+\varepsilon[\,\) contient une infinité d'élements de \(G\text{.}\)
On a obtenu à l'exercice précédent qu'il existe \(g_0\in G\cap \,]\,\theta-\varepsilon, \theta+\varepsilon\,[\,\text{.}\) Mais alors, il existe aussi
et ainsi de suite.
On construit ainsi par récurrence une suite \((g_k)_k\) d'éléments de \(G\text{,}\) deux à deux différents, et qui sont tous dans \(\,]\,\theta-\varepsilon, \theta+\varepsilon\,[\,\text{.}\)
(b)
En déduire que \(\,]\,y-\varepsilon, y+\varepsilon\,[\,\) contient une infinité de termes de la suite \(((\sin(n))_n)\text{.}\) Autrement dit, montrer que l'ensemble
est infini.
On a obtenu à la question précédente une suite d'éléments \((g_k=n_k+2\pi m_k)_{k\in\mathbb N}\) de \(G\cap \,]\,\theta-\varepsilon, \theta+\varepsilon\,[\,\text{,}\) avec \(n_k\in\mathbb N, m_k\in \mathbb Z\text{.}\)
Remarquons maintenant que l'ensemble
est infini, car pour chaque \(n_k\in E\text{,}\) il y a un nombre fini d'entiers relatifs \(m_k\) tels que \(g_k=n_k+2\pi m_k\in \,]\,\theta-\varepsilon, \theta+\varepsilon\,[\,\text{.}\)
Or, les termes correspondants de la suite \((\sin(n))_n\) vérifient alors:
donc, par le théorème des accroissements finis,
Donc, l'intervalle \(\,]\,y-\varepsilon, y+\varepsilon\,[\,\) contient une infinité de termes de la suite: les \(\sin(n_k)\) pour \(k\in\mathbb N\text{,}\) c'est à dire les \(\sin(n)\) pour \(n\in E\text{.}\)
(c)
Construire une sous-suite de \(((\sin(n))_n)\) qui converge vers \(y\text{.}\)
On construit, par récurrence sur \(n\text{,}\) une sous-suite \((\sin(\varphi(n))_n\) qui vérifie, pour tout \(n\in \mathbb N^*\text{,}\)
\(\boxed{n=1}\) En appliquant le résultat de la question précédente avec \(\varepsilon=1\text{,}\) on obtient que l'ensemble
est infini, en particulier il est non vide. Il admet donc un minimum 7 . Prenons \(\varphi(1)=\min E_1\text{,}\) alors \(\sin(\varphi(1)\) vérifie bien (2.2).
\(\boxed{n\leadsto n+1}\) Supposons les \(n\) premiers termes de la suite construits, et construisons le \(n+1\)-ième. On applique le résultat de la question précédente avec \(\varepsilon = \frac 1{n+1}\text{,}\) et on obtient que l'ensemble
est infini. Donc l'ensemble \(\{k\in E_{n+1}, k\gt \varphi(n)\}\) est non vide. Posons
alors \(\sin(\varphi(n+1)\) vérifie bien (2.2).
On a ainsi construit une application \(\varphi: \mathbb N \rightarrow \mathbb N\) strictement croissante, telle que, pour tout \(n\in \mathbb N^*\text{,}\)
On a donc bien \(\sin(\varphi(n))\xrightarrow[n\rightarrow \infty]{}y\text{:}\) c'est une sous-suite de \((\sin(n))_n\) qui tend vers \(y\text{.}\)
(d)
Conclure.fr.wikipedia.org/wiki/Partie_enti%C3%A8re_et_partie_fractionnairewww.youtube.com/watch?v=Lk_QF_hcM8A